Anne Landois-Favret Anne Landois-Favret

Week-end entre Charente et Haute-Vienne

Courant mars, nous avons pu nous échapper de l’Ile de France pour nous rendre chez notre ami d’Angoulême [H]. Nous avions réservé notre train à l’avance, sans savoir que dès le mois d’avril, avec la grève, tous les déplacements, même du quotidien, seraient très compliqués et éreintants. C’est toujours un plaisir de revenir sur Angoulême, une ville à taille humaine, jeune et dynamique. La région est superbe et même si le temps était assez nuageux le samedi, cela s’est quand même décanté le dimanche. Notre ami nous avait concocté 2 visites historiques, le mémorial de la Résistance (et sa nécropole nationale) à Chasseneuil-sur-Bonnieure [1] et le village martyr d’Oradour-sur-Glane [2] !

 

La petite histoire

Le site de Chasseneuil-sur-Bonnieure est l’idée du colonel Chabanne, cela a été enclenché dès la libération de la Charente. La colline de Chasseneuil fut retenue car faisant face à la région qui abritait le maquis. Les travaux commencent en 1945, et l’inauguration se fait le 21 octobre 1951 par le président Vincent Auriol. Le mémorial comporte une grande croix de Lorraine, symbole de la Résistance, une grande fresque sculptée ainsi qu’une crypte. Tout autour, une nécropole nationale s’étend sur plus de 21 000 m² :

charente2018-carte

Pour atteindre le mémorial, il faut gravir quelques marches, plus précisément 87. Arrivé en haut, en se retournant on constate que ça grimpe pas mal, on a aussi une jolie vue sur le relief local et une partie de la nécropole :

Nous arrivons à hauteur de la croix de Lorraine. Le monument mesure 21 mètres et pèse 2 000 tonnes, il est associé au « V » de la Victoire. Il a été conçu comme un « livre de pierre », le chantier fut monumental mais réalisé avec des moyens archaïques à la force des bras de 60 prisonniers de guerre allemands. Une énorme fosse fut creusée pour accueillir la crypte ainsi que 9 puits :

Les bas-reliefs ont été sculptés par 3 artistes, ils retracent la vie, les sacrifices et l’engagement dans la Résistance des civils et des militaires en vue de la libération de la France mais également l’oppression allemande et le martyr des fusillés et déportés. Dans la crypte, reposent des résistants. A droite, des tombes de la nécropole de différentes confessions :

La nécropole a été aménagée de 1945 à 1970 avec le regroupement de corps exhumés de tombes ou de cimetières de Charente et de 15 départements du Grand Sud-Ouest. On y retrouve 2 026 résistants ou militaires de la Seconde Guerre Mondiale et 3 soldats de la guerre 14-18 :

Nécropole Nationale

Nous nous rendons maintenant dans la Haute-Vienne, dans le village d’Oradour-sur-Glane qui est tristement célèbre. En effet, le 10 juin 1944, 642 personnes furent massacrées par des SS. Le village est resté intact, aucune action de reconstruction n’a été entreprise et c’est volontaire. Le nouveau village a été construit à l’ouest de l’ancien. Sur la photo de gauche, on peut voir à l’extrême gauche une maison en pierre, l’ancien village se trouve là, de l’autre côté de la route. Il est clôturé, on y accède par le centre de la mémoire qui se trouve juste en-dessous, il fait le trait d’union entre les 2 villages. En remontant à la surface, dès le début on est frappé par l’écriteau qui nous intime de nous souvenir, le ton est donné :

Les rues sont assez peu remplies à ce moment-là ce qui renforce encore plus cette impression de désolation et de temps suspendu. Toutes les maisons sont en ruines, de toute façon le temps fait son oeuvre également. Le site est entretenu pour que la végétation ne submerge pas les alentours et que les maisons restent comme elles étaient à l’époque du massacre. Certains objets se dégradent et il n’est pas toujours évident de retrouver les pièces à l’identique au fil du temps :

Sur bon nombre de maisons, on voit clairement les traces des incendies. En effet, les SS ont demandé à tous les habitants de se réunir sur une place mais ils ont également été chercher ceux qui n’étaient pas venus chez eux et après avoir fusillé presque tout le monde, ils ont mis le feu à tout le village :

Maisons marquées

Les actions menées à Oradour sont des actions de représailles. Cette division SS était postée dans le sud-ouest de la France pour lutter contre les maquisards galvanisés par le débarquement des Alliés en Normandie. Ils étaient également poursuivis par les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), en s’enfuyant, ils ont tués des gens à Tulle, en Corrèze et sont passés par Oradour-sur-Glane :

Une fois les habitants réunis sur la place du Champ-de-Foire, les hommes ont été séparés des femmes et des enfants. Les hommes furent emmenés dans des granges et des fermes (confère la photo du dessus où il est indiqué qu’il y eut 6 personnes qui se sont enfuies, mais une tuée lors de l’évasion) et les femmes et les enfants furent emmenés dans l’église. Une femme a réussi à s’enfuir de l’église, en tout, il y eut 6 rescapés de ce massacre :

A l’extérieur du village, on trouve le cimetière. Il servait déjà avant 1944 et actuellement il est commun aux 2 villages :

Silence

Quand on parcourt les tombes et que l’on s’attarde sur les dates, les âges et le nombre de personnes mortes en 1944 dans une même famille, on prend toute la dimension de ce qu’a pu être ce massacre, les traces qu’il a laissé. Au fond du cimetière, on retrouve un monument, repérable à cette haute tour, qui est érigé en mémoire des 642 morts du village. Ils sont inhumés en-dessous dans une tombe commune. On peu aller voir au fond, si le cœur nous en dit, il y a une très grande liste de noms. Au sous-sol, on trouve une sorte de crypte où l’on voit encore des noms ainsi que des objets qui ont été retrouvés dans des maisons :

Une plaque nous rappelle quelle division a perpétré ses massacres. Une enveloppe retrouvée sur place permit d’identifier les auteurs de la tuerie. En 1953, se déroula le procès de Bordeaux où 22 soldats furent jugés. On put également déterminer le rôle de chacun, on y retrouva des « malgré-nous », des alsaciens qui avaient été incorporés de force. Le sujet des alsaciens pendant la guerre est toujours un sujet épineux entre le Limousin et l’Alsace :

Coupables

Nous repartons du village et sur le trajet voyons encore des maisons détruites ainsi que l’ancien bâtiment des Postes Télégraphes et Téléphones :

Le dimanche après-midi, nous profitons du retour du soleil pour se balader sur les bords de la Charente, près du village de Saint-Michel et sur la commune de Linars, aux îles de Fleurac [3]. On passe devant une vieille bâtisse d’où part un pont qui enjambe des bras sur la Charente :

contact@annelandoisfavret.fr

Les îles de Fleurac

On passe 2 ponts au-dessus de la Charente au total, au bout on trouve le snack de Fleurac, qui n’était pas ouvert et on admire la vue tout simplement :

Il est temps de repartir chez nous, nous voilà sur le parvis de la gare d’Angoulême, fraîchement refait. L’obélisque a été inauguré en janvier 2017 par Anne Goscinny, sa fille à l’occasion du 44ème festival de la bande dessinée. Il est recouvert de citations de Lucky Luke, Astérix, le Petit Nicolas ou bien encore Iznogoud, il mesure 4,50 m et pèse 7 tonnes :

Carnet pratique

Mémorial de Chasseneuil-sur-Bonnieure | Rue du Mémorial – 16260 Chasseneuil-sur-Bonnieure

Village martyr d’Oradour-sur-Glane | Route de Saint-Junien – 87520 Oradour-sur-Glane | Gratuit sauf le Centre de Mémoire (7,80 €) | Site

Les îles de Fleurac | Rue de Fleurac – 16730 Linars

La visite fut chargée en émotions, autant on a plus ou moins l’habitude de visiter des mémoriaux, que cela soit à l’école ou en vacances, autant le village d’Oradour-sur-Glane est une visite prenante. Le fait que cela soit resté en l’état joue forcément beaucoup mais c’est une visite à faire. Elle est très instructive et elle permet également, secondairement, de se représenter également comment pouvait être un village à cette époque, même si ce n’est que partiellement. Le petit tour au bord de la Charente avec ce soleil nous a rechargé les batteries. J’aime toujours autant me balader dans cette région, la nature est très belle, le rythme est reposant, bref vive la Charente ! 🙂

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10 Commentaires

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    21 juin 2018 at 22 h 29 min 

    Merci Amor ! J’ai essayé de retranscrire l’atmosphère qui règne à Oradour comme je l’ai ressenti, même si parfois, on revenait vite à la réalité du quotidien grâce ou à cause d’enfants peu éduqués courants et criants dans les rues …

  • Amor
    21 juin 2018 at 21 h 35 min 

    Tu as fixé avec beaucoup de délicatesse cette tragédie dont j’ignorais la situation géographique exacte. Le temps arrêté ici par la folie humaine me fait penser dans un autre registre à Tchernobyl la végétation en moins. Le témoignage est toujours là vivant, ensuite ce sera de l’histoire et d’autres tragédies lui auront succédé.

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    13 juin 2018 at 21 h 15 min 

    Merci Esther ! Le travail pour garder le site en l’état est phénoménal et donc poignant.
    A Angoulême j’aime bien voir les plaques des noms des rues avec des bulles de BD et chercher toutes les statues de personnages célèbres !

  • Esther
    13 juin 2018 at 19 h 33 min 

    Hello Anne
    Une visite pleine d’émotion, en effet… les détails comme la voiture brûlée, la poussette écrasée, la cheminée au milieu de ces murs effondrés, l’emblématique « P.T.T. » encore lisible sont poignants, les photos des entrées du cimetière (ou du lieu avec la pancarte « remember ») sont fortes aussi. Tout à fait d’accord avec ta réponse à Delphine à propos de la mémoire. C’est aussi pour ça qu’il est important de garder des traces, quelques qu’elles soient, écrits, photographies, vidéos…
    Je n’habite pas si loin, mais je ne suis jamais allée voir ce village. En revanche, je suis passée plusieurs fois à Angoulême, quelques fois pour le festival de la BD, et j’aime bien cette ville, plein de détails sympas dans les rues.

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    11 juin 2018 at 22 h 15 min 

    Merci Chris ! Avant d’y aller, je ne connaissais pas non plus Chasseneuil sur Bonnieure !

  • Chris
    11 juin 2018 at 19 h 53 min 

    Un triste souvenir mais en effet, je suis sûre qu’une visite s’impose…
    Je ne connaissais pas le premier village et son mémorial dont tu parles au début.
    Un partage intéressant. Merci.

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    11 juin 2018 at 10 h 47 min 

    Merci Delphine ! Oui, l’homo-sapiens n’est pas une espèce avec une longue mémoire, on le constate souvent, les erreurs du passé finissent presque toujours par se répéter. Le devoir de mémoire est donc essentiel (je parle des organismes garants de la mémoire, pas de moi, je ne fais qu’effleurer les faits et je n’y étais pas). Dans 300 ans, il n’y aura plus personne pour témoigner, ce qui malheureusement pourra engendrer des questionnements, donc des doutes, donc des remises en questions sur les faits même. Alors peut-être pas les 2 guerres mondiales, mais on le constate très souvent, quand il n’y a plus de personnes qui ont vécu un événement, plus de témoins, cet événement peut être nié et plus personne ne peut contredire les détracteurs. Qui peut attester aujourd’hui avec exactitude de ce qui s’est passé lors de la guerre de 100 ans, du mode de vie au Moyen-Âge ou bien encore d’événements du temps des romains ? Ce que l’on sait a été raconté de personne en personne, donc possibilité de déformations et puis ce n’est pas parce que des gens ont consigner les faits par écrit qu’ils n’ont pas menti, car, surtout pendant les guerres, les événements sont racontés le plus souvent par les vainqueurs, ce qui n’est pas toujours un gage d’impartialité …

  • Delphine
    11 juin 2018 at 10 h 32 min 

    Bonjour Anne
    Voila un article très intéressant: aborder ce lieu hautement symbolique d’un passé qu’on aimerait n’avoir jamais eu … Mais le devoir de mémoire est capital. C’est judicieux d’avoir écrit sur ce sujet.
    Et ne pas oublier non plus qu’Angoulême est la capitale de la BD . Ça c’est l’ultra positif qui remet le sourire 🙂

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    10 juin 2018 at 21 h 01 min 

    Merci Gilderic ! Oui les vieux objets sont de très bons indicateurs !
    Merci pour les fautes, si tu en vois d’autres, n’hésites pas à me faire un petit mail ou autre … 🙂

  • Gilderic
    10 juin 2018 at 17 h 33 min 

    Un article très intéressant. La visite du village martyr est poignante, renforcée par le temps gris et triste. C’est surtout cette carcasse de vieille voiture qui m’a frappé, un de ces petits détails qui font toute la différence. Un détail presque surréaliste qui nous fait comprendre que quelque chose cloche.
    Heureusement, l’article se termine sur une note plus légère avec cet hommage à Goscinny, qui n’existait pas la dernière fois que je suis venu à Angoulême (mais tu as dû écrire la fin un peu rapidement car il y a une ou deux fautes d’orthographe 😉 ).

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