Anne Landois-Favret Anne Landois-Favret

Paris – Fondation Cartier

Bonjour à toutes et à tous ! Je vous propose aujourd’hui un article sur une exposition que j’ai pu apprécier en janvier dernier. Elle s’est tenue du 14 octobre 2018 au 24 février 2019 à la fondation Cartier [1] à Paris. C’était la première fois que je me rendais dans ce lieu. En effet, début janvier j’avais pu voir la pub pour cette exposition qui s’intitule « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu ». De la géométrie, ça me parle énormément, et j’apprécie beaucoup les arts d’Amérique Latine, c’était donc décidé, j’allais y faire un tour sur un jour de congé ! 🙂

 

La petite histoire

La Fondation Cartier pour l’Art Contemporain a été créée en 1984 par la maison Cartier (la marque de luxe) et son président Alain-Dominique Perrin. Initialement, elle se trouvait à Jouy-en-Josas dans les Yvelines (78), elle déménagea en 1994 pour aller dans Paris, boulevard Raspail, dans le 14ème arrondissement. Le bâtiment fût spécialement conçu pour l’accueillir, fait de métal et de verre, c’est l’oeuvre de l’architecte Jean Nouvel (on a déjà parlé de lui dans cet article). Les expositions sont présentées sur près de 1 200 m², il y a 2 niveaux plus une sorte de mezzanine où l’on retrouve la boutique. A l’extérieur, un jardin entoure tout le bâtiment, il a quant à lui été conçu par Lothar Baumgarten, un artiste, photographe et éclairagiste allemand. Son jardin compte plus de 240 espèces de plantes et de fleurs sauvages :

Je suis descendue à la station Raspail sur la ligne 4 (il y a également la ligne 6 qui y passe). Le temps était un peu gris, et il n’y avait pas beaucoup de monde dans la rue, j’ai même eu du mal à trouver un endroit pour manger le midi, j’ai dû aller un peu plus au sud dans la rue Daguerre, où il y a plein de commerces et restaurants. Après ce petit repas, je suis revenue sur le boulevard Raspail. J’ai pu remarquer que de l’autre côté de la rue, en face de la fondation, des postes techniques avaient été peints dans la thématique de l’exposition :

En arrivant, j’ai été très bien accueillie et on m’a remis un guide visiteur qui ressemble plus à un catalogue exhaustif. A l’intérieur, il y a toutes les œuvres présentées avec un descriptif plutôt généreux. L’exposition rassemble près de 250 œuvres de plus de 70 artistes. Elle s’intéresse aussi bien à l’art populaire qu’à l’art abstrait, de la céramique à la peinture corporelle en passant par la sculpture, l’architecture ou la vannerie. J’ai commencé la visite par l’étage inférieur, j’emprunte donc les escaliers et découvre une très belle fresque géométrique et colorée (Vortice Cromatico) faite spécialement pour l’occasion. Elle est l’œuvre de Flix, un artiste vénézuélien né en 1976. Il a étudié l’architecture avant de se consacrer à la peinture, à la photographie et au street art. Ses œuvres redonnent vie aux éléments urbains rendus invisibles par la routine du quotidien, on en retrouve énormément à Caracas, sa ville natale :

On arrive sur une grande pièce où se trouvent au centre de grands tableaux avec des formes géométriques colorées dans un style très abstrait, elles ont été peintes par Carmen Herrera, une artiste peu connue des européens. Elle est née à Cuba en 1915, mais c’est en 1948, qu’elle découvre à Paris le mouvement De Stijl (plus d’infos par ici) et commence à réaliser des motifs triangulaires étirés aux contours précis. Il y a pas mal de variantes, mais ça ne m’a pas plus intéressée que ça, je trouve que c’est trop simpliste, mais évidemment, j’imagine qu’avec le contexte et l’histoire derrière, cela pourrait être plus intéressant. Sur la photo en haut à droite, on retrouve des photographies que j’ai beaucoup appréciées. Leur auteur est Armando Salas Portugal, originaire du Mexique, né en 1916. Dans les années 40, il est devenu le photographe officiel du célèbre architecte mexicain, Luis Barragán. Les grands immeubles aux teintes roses sont les Torres de Satélite, ce sont des sortes de sculptures publiques situées au nord-est de Mexico, composées de 5 colonnes triangulaires hautes de 30 à 52 mètres. J’ai aimé ce côté abstrait des architectures qu’il a pris en photo, il ne reste que des formes dans une forme plus « pure », c’est très intéressant. En bas à gauche, on retrouve des photos d’Anna Mariani, une brésilienne née en 1935. Entre les années 70 et 90, elle parcourt tout le pays à la recherche de maisons avec des décors géométriques et colorés. J’ai beaucoup aimé les maisons qu’elle a réussi à trouver. En bas à droite, des réalisations anonymes, datant de 1947, venant des Kadiwéu, un peuple indigène du Brésil, j’ai trouvé ces motifs très beaux :

A l’étage inférieur, au fond, on retrouve une plus petite salle, avec un éclairage très doux, intimiste même. Au centre de la pièce, on trouve cette installation faite de fils. C’est  une oeuvre de Olga De Amaral, une colombienne, née en 1932. Cette installation est suspendue un peu de manière théâtrale et les tissages laissent apparaître des motifs géométriques en fonction de l’endroit où l’on se place. Je suis restée assez longtemps à tourner autour, j’ai trouvé ça très original. Cette oeuvre est fragile, il ne faut pas essayer de la traverser même si c’est très tentant. En bas à droite, un tableau plein de détails qui a attiré mon oeil. Cette toile a été réalisée par Luiz Zerbini, un artiste brésilien né en 1959. Coisas do Mundo, s’inspire de motifs géométriques traditionnels. Luiz Zerbini fait parti d’un groupe qui a rejeté l’art conceptuel des années 70 pour revenir au figuratif et à l’inspiration indienne et amazonienne comme avec ce coin de forêt luxuriante :

Au rez-de-chaussée, on retrouve une installation qui prend quasiment toute la pièce. Elle a été réalisée spécialement pour l’exposition et est l’oeuvre de Freddy Mamani, c’est une salle de bal, la première créée hors de la Bolivie. Il est donc né en Bolivie en 1971, il prend goût à l’architecture et à la construction pendant son enfance en accompagnant son père, maître-maçon, sur les chantiers. Au début des années 90, il s’installe à El Alto, sur les hauteurs de La Paz (Bolivie) et devient entrepreneur indépendant tout en suivant des études d’ingénierie et d’architecture. Il développe un style architectural « neo-andin » propre à sa culture Aymara, une communauté indigène dont il fait parti. Originaires de la région du lac Titicaca, les Aymara sont aujourd’hui installés dans toutes les Andes et constituent la minorité amérindienne la plus importante de Bolivie. Les bâtiments de Freddy Mamani sont hauts en couleurs et se distinguent des ordinaires constructions de brique aux tons monotones des paysages de l’Altiplano (plaine d’altitude au cœur de la cordillère des Andes). Leurs façades et les décors intérieurs reprennent le vocabulaire géométrique des cultures précolombiennes et amérindiennes tandis que leurs couleurs s’inspirent des textiles andins et des costumes cérémoniaux Aymara :

Les bâtiments obéissent à une organisation précise, le rez-de-chaussée comprend des boutiques et des appartements destinés à la location, le premier étage offre un impressionnant « salon des événements » où se tiennent les mariages et les fêtes communautaires Aymara, et le dernier étage abrite la résidence privée et luxueuse du propriétaire, appelée chalet. Depuis la première création de Freddy Mamani au début des années 2000, ces bâtiments se sont multipliés et on en compte aujourd’hui près d’une centaine dans toute la Bolivie. On peut s’asseoir sous cette salle de bal et regarder un reportage sur Freddy Mamani, j’ai trouvé cet artiste très intéressant, ses bâtiments sont superbes et si un jour je passais par à La Paz, je ne manquerais pas de partir à leur recherche :

Au rez-de-chaussée, on trouve une autre salle, de l’autre côté du bâtiment, entourée de grandes baies vitrées qui accueille encore d’autres oeuvres dont ces structures en acier inoxydable et en aluminium réalisées par Gego, une artiste allemande née en 1912. Issue d’une famille juive aisée, elle dût, après ses études d’architecture et d’ingénierie, fuir l’Allemagne nazie et s’installe au Vénézuela. L’exposition est terminée, j’ai fait le tour de tout, je décide donc d’aller découvrir les extérieurs dont le jardin. Comme nous sommes en janvier, il n’y a pas grand chose, tout est en sommeil et en attente d’embellissement. Je décide de me concentrer sur le bâtiment en lui-même :

Dans une petite rue non loin de la fondation Cartier, on retrouve ce vieux bâtiment de style Art Déco, qui a accueilli l’atelier de l’artiste décorateur Paul Follot, cet immeuble est classé aux Monuments Historiques depuis 2000. Depuis 2018, il abrite l’Institut Giacometti, où l’on peut voir plusieurs œuvres du célèbre sculpteur suisse. Le point d’intérêt de ce lieu est également la reconstitution de son atelier dans lequel il a passé près de 40 ans. Beaucoup d’éléments d’origine ont été soigneusement conservés, tels que des chevalets ou bien encore, plus surprenant, des murs. Je n’ai pas visité les lieux, mais j’ai en tout cas apprécié la façade de l’immeuble :

La visite étant terminée, je vous propose maintenant quelques petits bonus. Tout d’abord, un escalator très graphique à la gare de Châtelet. La gare a été rénovée il y a quelques mois, elle est beaucoup moins glauque qu’avant, il y a eu des efforts de fait. J’ai également trouvé ailleurs un autre poste technique « victime » de street art :

A la base, j’étais partie pour faire un tour vers l’église Notre-Dame du Travail dans le 14ème arrondissement. J’y étais déjà allée en 2017 et je voulais reprendre des photos de l’intérieur, mais malheureusement, il y avait à ce moment-là une cérémonie. A l’époque, je n’avais pas trop fait un tour dans le quartier, c’était l’occasion de partir à la découverte des alentours. Je n’ai pas été déçue car j’ai atterrie sur la place de Séoul [2] avec une architecture très particulière que j’avais pu voir à Noisy-le-Grand quelques semaines auparavant, aux espaces Abraxas :

Pour terminer la balade, j’avais très envie, depuis un certain temps, d’aller devant le bâtiment de l’Institut du Monde Arabe (IMA) [3]. C’est donc un institut culturel consacré au monde arabe, il a ouvert en 1987 et est situé dans le 5ème arrondissement juste à côté de la fac de Jussieu. Je me rappelle l’avoir visité en classe de 5ème, j’en ai gardé un très bon souvenir, même si je me rappelle plus de toute ce que j’ai vu à l’intérieur. Le souvenir le plus marquant pour moi est le bâtiment en lui-même. La façade est surprenante, elle est composée de 240 moucharabiehs (dispositif de ventilation naturelle forcée très souvent utilisé dans l’architecture traditionnelle des pays arabes). Comme cela fait quelques minutes que l’on n’a pas parlé de Jean Nouvel (:p), je tiens à préciser qu’il a réalisé, en collaboration avec Architecture-Studio, ce bâtiment :

Carnet pratique

Fondation Cartier | 261 Boulevard Raspail – 75014 Paris | 11 € en ligne (réservation en ligne conseillée) | Site

Institut Giacometti | 5 Rue Victor Schoelcher – 75014 Paris | 8,50 à 15 € | Site

Institut du Monde Arabe | 1 Rue des Fossés Saint-Bernard – 75005 Paris | 8 € | Site

Je suis très contente d’avoir pu visiter cette exposition, elle était à peu près dans l’idée que je m’en faisais, des décors et des motifs typiquement d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale comme j’aime avec beaucoup de couleurs. J’ai été émerveillée par la salle de bal réalisée par Freddy Mamani, j’adore ce qu’il fait. Le connaissiez-vous ? Aimez-vous ce genre d’arts traditionnels ? Si oui, sachez que la fondation Cartier accorde beaucoup d’attention aux cultures de ces pays dans leurs expositions, vous devriez y trouver votre bonheur un jour ! 🙂

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6 Commentaires

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    18 mars 2019 at 14 h 16 min 

    Merci Lydwine ! Ça a clairement fait du bien avec la grisaille du jour de visite ! 😀

  • Lydwine
    18 mars 2019 at 13 h 35 min 

    Hello !

    Super cet article, il y a beaucoup de photo très très chouettes !
    Je pense que ça m’aurais bien plus de voir cette expo haute en couleur 🙂

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    14 mars 2019 at 22 h 11 min 

    Merci Anne ! C’est une jolie série et surtout de belles trouvailles ! 😀

  • Anne LANDOIS-FAVRET
    14 mars 2019 at 22 h 11 min 

    Merci Esther ! Oh oui, une vraie pépite, quand j’ai vu la pub, je me dis qu’il était impossible que je n’y aille pas ! 🙂

  • Anne
    14 mars 2019 at 20 h 39 min 

    Je n’y suis jamais allée non plus!
    J’aime beaucoup la série sur les maisons, superbe!

  • Esther
    14 mars 2019 at 20 h 37 min 

    Wow ! que de couleurs, qui font du bien dans la grisaille de ce jour de visite, une vraie pépite cette expo ! merci pour ce compte-rendu très détaillé. Les motifs géométriques et colorés étaient fait pour toi ! Les bonus, en particulier l’escalator sont pas mal non plus.
    Ma préférence va évidemment à la photo de l’oeuvre en fils de couleurs qui encadrent la gardienne des lieux 🙂

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